J'aime écrire dans les cafés. J'aime cette ambiance devenue particulière entre les bébés en couche culotte qui déambulent et le jeune cadre et son portable dernier cri connecté à l'onde magique du Web.
J'aime regarder avant de poser sur la page quelques mots désuets, les visages scrutateurs, défigurés parfois par de longues heures à boire ou à essayer de parler à son voisin.
J'aime fixer mon regard sur la porte d'entrée, faire des paris sur le sexe de celui qui entrera, sa façon d'être vêtu, son âge, son devenir parfois. Je détaille les murs déguisés de tableaux bon marché donnant une vie différente à ce lieu. Ils habillent chaque pensée, ne laissant à l'esprit voyageur que peu de place pour rêver.
J'aime capter des bribes de conversation et j'intègre dans mes textes leurs mots choisis qui se marient à merveille avec l'instant décrit. Je tends l'oreille, jamais! Je patiente tout simplement, je laisse venir à mon cerveau les sons feutrés, les syllabes et les phrases joyeuses ou tristes. Je ferai le tri plus tard. Je découvre un univers intime déballé dans un lieu commun.
J'aime commander un café normal dans une grande tasse avec un pot d'eau chaude à côté et voir les yeux du serveur se lever au ciel pour me répondre : « Un café allongé, quoi?! »
« Oui! C'est ça !» mais je fais moi-même comme Cyrano!
J'aime attendre que ce breuvage refroidisse jusqu'à une température buvable pour ne pas me brûler les lèvres. Je pose délicatement la tasse et je reprends le fil de mon texte, inspirée par la saveur et l'odeur du petit noir.
J'aime écrire dans les cafés pour boire aussi du café!